L'époque semble à la confusion des choses. Le superflu, l'accessoire, voire l'insiginfiant, retiennent bien souvent, davantage l'attention et suscitent davantage l'intérêt que l'essentiel. Peopolisation de nos dirigeants dont la pensée (s'ils en ont encore une) et les projets concrets sont éclipsés par tel épisode de leur vie privée ou telle petite phrase. 

Le constat est évident, aussi, en médecine. Et pas sans rapport avec l'aggravavtion constante des comptes de l'assurance maladie. Qu'est-ce que devrait être l'essentiel en médecine ? Pour les citoyens que nous sommes. De disposer d'un égal accès à de bons soins.

Une remarque s'impose. C'est qu'il n'ait pas besoin de s'illusionner et de faire de l'égal accès aux soins une question avant tout politique. Car c'est, d'abord, une question économique (dans notre pays où il ya un consensus "idéologique" sur cette question). Soyons réaliste, si le déficit de l'assurance maladie (sans parler de celui des allocations familiales et des retraites, car la sécurité sociale ce sont ces trois branches, assurance maladie + allocations familiales + retraite) continue d'augmenter sans fin, aucun égal accès aux soins ne pourra durablement être assuré. Quand un état n'a pas de recettes suffisantes pour payer "pour tous", forcément, des  "économies" doivent être faites, les soins sont de moins en moins bien remboursés et les plus précaires finissent immanquablement par trinquer. 

Le meilleur moyen d'assurer un égal accès à de bons soins est donc d'arrêter de creuser, jour après jour, le "trou de l'assurance maladie". Et, ici, l'on retrouve cette question du superflu et de l'essentiel. Qu'est-ce qui est le plus essentiel pour de bons soins ? Et bien j'ose cette réponse "extravagante" : avoir de bons médecins et qu'ils puissent conduire dans de bonnes coditions de travail la prise en charge de leurs patients. Nous disposons, sans doute, globalement de bons médecins. Que les médecins puissent prendre en charge, dans de bonne sconditions, leurs patients n'est, hélas, guère à l'ordre du jour. Car que faut il pour bien soigner un patient ? Trois choses. Un savoir (et donc de la compétence), la reconnaissance de leur rôle primordial dans le système de santé et ... du temps. Les médecins, en France, sont plutôt bien formés. Mais leur rôle primordial n'est pas reconnu par la sécurité sociale et les autorités politiques, ce pourquoi, d'ailleurs, ils ne disposent pas du temps nécessaire pour soigner leurs patients de façon optimale. 

Soyons concrets. Un patient vient pour des douleurs des genoux. Il a mal depuis plusieurs mois. Il aimerait donc, dans sa logique, passer une IRM (c'est à dire deux, une à droite et une à gauche car il a deux genoux !). Un examen clinique complet et précis permet, dans la plupart des cas, de s'assurer soit de la présence très probable de lésions sérieuses (qui nécessiteront les IRM en question pour préciser la nature exacte des dites lésions et leur degré de sévérité, le tout débouchant, par exemple, sur l'indication d'un acte chirurgical orthopédique), soit de l'absence de lésions sérieuses ne nécessitant donc aucune investigation supplémentaire. Mais un examen complet (des deux genoux mais pas seulemeent car la douleur des genoux peut s'intégrer à une maladie plus générale) et un interrogatoire complet (depuis quand avez vous mal ?  quoi ressemble la douleur ? est-ce pire le jour, la nuit, etc ?) cela prend du temps. De plus "convaincre"le patient que l'on n'a, en tant que médecin, après les données de l'examen clinique complet et de l'interrogatoire, pas besoin des IRM en question, cela prend, dans la réalité, pas mal de temps aussi. Voir plus que l'acte médical proprement dit. Et cela a de fortes chances de déplaire au patient.

La question est donc celle-ci. A quelle hauteur la sécurité sociale et le ministère de la santé accepte-il de rétribuer l'acte médical de ce médecin consciencieux ? Vingt-trois euros. A quelle hauteur la sécurité sociale et le ministère de la santé évaluent-ils la "valeur" des deux IRM ? Deux cent quatre vingt euros ... chacune. Soit cinq cent soixante euros. Il faut cinq minutes pour faire un vague examen de genoux et prescrire deux IRM. Vingt ou trente minutes ou plus pour réaliser un examen vraiment complet, avec interrogatoire et explication de la non nécessité des deux IRM. Cherchez l'erreur.