Le post précédent ne doit pas être pris comme un moment, ou un mot, d'humeur. Car la survalorisation de la technique est la marque de notre époque, de notre civilisation même, et si on ne la prend pas en compte, toute réflexion profonde sur les équilibres (y compris de l'assurance maladie, sans parler de la santé comme équilibre et non pas "conformité" de la machinerie biologique à ses normes) est vaine. 

Heidegger a consacré une grande part de sa réflexion à cetre question de "la Technique". Il disait que "l'essence de la technique n'est rien de technique", soulignant par là (pardon pour les philosophes "professionnels" qui liraient ce texte, j'implore leur indulgence) que n'y voir qu'un instrument qu'on utiliserait bien ou mal, qu'une procédure ou qu'une "recherche" sur le réel est une erreur monumentale. Car c'est d'un certain rapport au réel qu'il s'agit

Ainsi, comme il le disait si justement, "l'essence de la technique est l'Araisonnement" (en allemand, das Gestell, "faire se tenir devant soi", c'est à dire placer le monde et les êtres comme objets face à soi). Dans araisonnement, il faut entendre deux choses :

- faire rendre raison, demander des comptes au réel et s'imaginer que ce que la raison humaine peut en connaître est "la" vérité, l'essentiel. 

- le verbe "araisonner", comme l'on dit des corsaires ou des pirates, qu'ils araisonnement un navire, c'est à dire s'en rendent maître, par la force, et de manière indue le plus souvent. 

La "technique", c'est, ainsi, cette marque de la science occidentale, donc de notre civilisation et, bientôt, de la civilisation mondiale, qui prétend pouvoir réduire le réel à ce qu'elle en pense... et estime pouvoir en faire.  D''où, aussi, la destruction de la nature, la polution, le manque de respect pour ce qui nous a été donné ou, plutôt, prêté. 

En médecine, la marque de la "technique" c'est le privilège donné aux paramètres "objectifs", (en réalité objectivés et construits), c'est à dire aux résultats des prises de sang, radios, scanners, IRM, enregitrements électrographiques (électro-cardiogramme, électroencéphalogramme, électromyogramme, etc.), avec pour corollaire une dévalorisation extrême du vécu du patient, de son histoire, de la place qu'y occupe sa maladie, ses troubles, etc. D'où, pour en revenir au texte précédent, la "logique" et le bien fondé apparents de rémunérer 23 euros 30 minutes de réflexion, d'examen, d'échnages, d'écoute et de partage du médecin et une IRM du genou à hauteur de 300 euros. 

C'est, aussi, le privilège, voire le "monopole" accordé à la bio-médecine. Au détriment d'une approche plus intégrative qui, bien sur, reconnaîtrait la valeur de celle-ci mais aussi d'autres approches complémentaires, non pas au sens de secondaires mais complémentaires parce qu'elles  "permettent de compléter la vision et la connaissance de l'humain, en santé et malade". Par exemple, les approches psy de l'inconscient, les approches cognitivo-comportementales,  la méditation,  l'homéopathie, l'acupuncture, la phytothérapie, etc. 

Bien sur, il y aurait, là, un risque de lsombrer dans le "fourre-tout", le relativisme, le "tout se vaut". Mais, non, tout ne se vaut pas. V'est ne confrontant, loyalement et sans concession, les points de vue que l'on pourrait dégager l'inérêt de telle et tele approche. Ce qui est sur, c'est que l'approche bio-médicale ne se suffit pas à elle même. Son champ d'excellence est celui des maladies graves ET aigues. Elle est très importante, mais de façon plus nunacée, nettement moins exclusivement dans les maladies graves ET chronqiues. Car le facteur temps indique, en lui même, que la maladie est autre chose qu'un "épisode" dans la vie du malade, qu'elle est profondément "enracinée" en lui et que soigner sa totalité, son équilibre global est, dans ce cas, important et nécessaire. 

Le superflu et l'essentiel peuvent donc varier. Devant une septicémie sévère, les antibiotiques et la réanimation sont l'essentiel, l'approche globale est "superflue", très accessoire. Devant un tableau de maladies infectieuses récurrentes, l'approche globale est l'essentiel, les antibiotiques, superflus et nuisibles, etc. Rien n'est déterminable, une fois pour toutes, et de façon rigide. Le dialogue et la confrontation sont nécessaires. 

Organiser un système de santé sans mener ce type de réflexion essentielle mène, inévitablement, à des mesures inefficaces, vouées à l'insuffisance et, aussi, à la dégradation progressive de ce système. 

Il est possible, voire plausible, que l'avenir de notre civilisation passe par le recul du primat de la "technique" et l'accueil, aux côtés de celle-ci, d'autres approches plus "humaines" et plus respectueuses de la nature.C'est possbile et plausible car nos sociétés n'auront bientôt plus les moyens financiers de cette ivresse technique. Et l'implosion financière de notre modèle technique nous conduira, peut être, souhaitons-le, (comme avec la menace des catastrophes écologiques) à être moins "raisonneurs" et plus raisonnables. Une telle possibilité illustrerait, de belle façon, le mot d' Holderlin, ce poète qui affirmait que " là où croit le danger croît aussi ce qui sauve".