Un patient m'a donné l'envie, au décours d'une récente consultation, de reprendre ce blog, dont j'ai modifié, au passage, quelque peu l'intitulé. A la fin de la dite consultation, connaissant mon intérêt pour la philosophie, il m'a posé la question suivante que je reproduis, ici, de mémoire : "est-ce que la méditation n'aurait pas à voir avec la phénoménologie ?". Comme quoi, une consultation médicale peut, à bon droit, s'éloigner des préoccupations strictement de santé. Il est fort intéressant et bien agréable d'ailleurs que la médecine ne soit pas coupée du monde, de la vie et des interrogations de tout un chacun. La question posée m'a semblé plus qu'intéressante et fort pertinente. Et je pense, d'ailleurs, que, comme le suggèrait ce professeur de mathématiques à la retraite, la réponse à la dite question est "oui". 

La méditation, si on y regarde bien, qu'est-ce, sinon une "pleine conscience" du monde, de soi, des autres, de la vie. Et, à défaut, d'une "pleine conscience", une conscience bien plus grande de la vie, de notre vie. A chaque instant ou, à défaut, le plus souvent possible. Pour se faire, les recommandations d'usage sont de :

- s'entrainer, assis, le dos bien droit, à ressentir son corps, entendre le monde qui nous entoure et observer nos pensées, sans se laisser "absorber" par celles-ci. 

- autant dire, donc s'entrainer à "sortir du mental", des pensées, ruminations, calculs, jugements, recherche des raisons (pourquoi a-t-il dit ceci ? fait cela ?), explications, du pourquoi des choses et s'entrainer à accepter le réel tel qu'il est au lieu de passer son temps à s'en plaindre et radoter que cela aurait mieux si cela avait été autrement. 

- mettre,autant que faire se peut, cette "nouvelle attitude" en pratique dans la vie de tous les jours. 

Et la phénoménologie, de quoi s'agit-il ? D'un mouvement de pensée philosophique, né au début du XX° siècle, et fondé par le philosophe Husserl. En parler  "techniquement" au plan philosophique, de façon érudite, serait assez ennuyeux et, à coup sur, peu éclairant pour les non-philosophes ("professionels" s'entend, mais beaucoup de "non professionnels" sont très philosophes dans leur genre, me semble-t-il). Alors, parlons en simplement.

- La phénoménologie apparut en réaction à la domination des sciences explicatives et du "psychologisme" sur toute autre pensée (y compris philosophique) , c'est à dire en réaction, si on y pense bien, à la domination des explications soit scientifiques, soit psychologiques et/ou psychanalytiques du monde et de nous mêmes. 

- Notons qu'on en est toujours là d'ailleurs et, notamment, en médecine. Explications "scientifiques" d'un côté (c'est à cause du kyste, là, en haut à droite sur l'IRM) ou "psy" (c'est à cause de votre oedipe mal réglé).

- Mais, ces explications n'épuisent pas le sujet, comme on dit (quoi que, souvent, ce tiraillement entre des explications aussi diamétralement opposées ne soient pas sans mettre, souvent, le sujet "sur les genoux") et reste à considérer ce que l'on fait de ce que l'on vit, ressent et éprouve. 

- Et, précisément, la phénoménologie propose de donner la place la plus éminente à ce que l'on vit, c'est à dire de mettre entre parenthèses" les explications scientifiques et psychologiques pour  "revenir aux choses mêmes" (les choses mêmes, c'est à dire, notre vécu, ce que l'on ressent et éprouve) c'est à dire à ce qu'elle appelle le "monde de la vie" (pour nous, de la "vraie vie").

- Pour la phénomènologie, il s'agit, encore, de d'écrire et non pas d'expliquer. Donc d'arrêter de penser, réfléchir, interpréter, déduire, espérer, projeter, pour simplement prendre en compte les choses "comme elles viennent" (dans "mon" vocabulaire"), dans leur "apparaître", leur "manifestation" dans le vocabulaire philosophique. 

Revenons en à l'interrogation de "notre" professeur de mathématiques à la retraite. Et bien, oui, phénoménologie et méditation ont bien des points communs. 

Les deux nous proposent de "mettre entre parenthèses" les explications, interprétations, projections, etc. bref, de laisser de côté le mental (même scientifique et rigoureux) pour "vivre vraiment", pour éprouver les choses, le monde, nous mêmes. 

Les deux se défient de l'excès d'attention accordée à la "raison", à la pensée. 

Les deux proposent de revenir, aussi, davantage au corps. 

Les deux, aussi, nous disent que cela n'est pas si facile à mettre en oeuvre et qu'il convient d'être méthodique et de s'y entrainer.

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En un mot, les deux nous rappellent que la "vraie vie" est ce que nous éprouvons et ressentons, et qu'il convient de se méfier de la volonté de tout (de trop) rationaliser, de prendre quelque distance avec la volonté d'expliquer et de comprendre (sans rejeter la pensée pour autant, car elle a, elle aussi, son intérêt, d'où l'idée de "mise entre parenthèses" qui suspend quelque chose sans le dénigrer pour autant). 

Dans les deux cas, il  s'agit d'être davantage présent à soi, aux autres et au monde, sans chercher à tout ramener à des causes, des explications et des "raisons". 

La méditation et ses implications "philosophiques" retiendront mon attention dans quelques pensées à venir, plus sinueuses et vagabondes qu'auparavant, d'où l'appellation retenue de méandre