La méditation s'est, semble-t-il, solidement installée dans notre univers et nous est proposée, désormais, de toutes parts, pour nous sentir mieux, améliorer notre concentration, nous déstresser, mieux gérer nos inquiétudes, etc. 

      En médecine, son apprentissage est régulièrement  inclus  à titre de la formation continue. Pour compléter l'approche médicale pharmacologique, et offrir, ainsi, un outil à enseigner aux patients pour mieux gérer leur stress et dans des pathologies aussi variées que la dépression, l'anxiété chronique, la "gestion" des douleurs de certains maladies physiques (rhumatismes inflammatoires, cancers, etc.). John Kabat Zinn l'a introduite, depuis une trentaine d'années, non sans succès, dans l'univers médical américain où la pratique de la pleine conscience, très codifée, est bien intégrée dans les hopitaux. Je ne peux, en tant que médecin, que m'en réjouir car la "pleine conscience", autre nom de la méditation, est d'une aide réelle, face aux difficultés physqie ou psychique, pour qui y consacre le temps et le changement nécessaire d'attitude par rapport aux choses. 

      Cependant, force est de constater que, comme toujours, ce type d'introduction d'approches nouvelles ne va pas, dans son ensemble, sans une certaine dénaturation et sa transformation en simple "technique", en simple outil. 

      Par où l'on voit que notre époque est réellement celle du règne de la technique. En effet, les applications techniques ont révolutionné notre univers ( de la pilule contraceptive à l'informatique, du développement des moyens de transport moderne, de la télévision, des facilités de chauffage, aux techniques de procréation assistée et à la mise en réseau du monde entier, etc.) et rendu possible tout un tas de choses, pas seuleemnt imaginables en rêve auparavant, et elles ont profondément modifié notre rapport habituel au monde, aux autres et à nous mêmes. Nous ne parlons pas à notre voisin mais "communiquons", ou jouons à des jeux virtuels, avec des inconnus de l'autre bout du monde. Beaucoup vivent autant, voire davantage, par l'intermédiaire des réseaux sociaux que dans leurs relations "en chair et en os" avec leurs amis. La communication moderne dévalue tout discours politique construit et argumenté (que plus grand monde n'a, ni l'envie, ni, désormais, la "capacité" d'entendre, tenté de zapper qu'il est, dès 2 ou 3 minutes d'un discours insuffisamment captivant) et fait toute la place aux petites phrases (encore trop longues) et aux tweets désormais, etc. Enfin, la planète s'est rétrécie à la taille du village global et beaucoup vivent, désormais, dans l'attente de la nouvelle version de telle ou telle application ou tel ou tel appareil connecté. 

       Tout ceci pour dire que la méditation qui suppose, dans son authenticité, de changer son attitude face au monde et aux évènements, a, largement, été transformé en nouvelle technique de développement personnel, très largement "vendue" comme un moyen de vivre mieux, plus, plus intensément, moins stressé, plus heureux, plus joyeux, plus performant, etc. Bref, au rebours même de son véritable esprit. Loin de nous aider à nous défaire de notre ego, de cesser de ne penser quà nous, de chercher à avoir toujours plus, de refuser le monde tel qu'il est et de le faire selon nos désirs, beaucoup de ses propagandistes la dénaturent en en faisant un instrument au service de l'augmentation de nos satisfactions et de nos intérêts. 

      Il ne servirait à rien de se désoler de cet état de fait. D'autant plus que, pour rester dans notre sujet, il s'agit d'"accepter" le réel tel qu'il est. De le changer si l'on peut mais de l'accepter sinon. S'en indigner, protester, serait aussi inutile qu'inefficace. 

      J'y vois, pour ma part, l'occasion d'être vraiment conscient de l'état actuel de notre civilisation, de sa capacité à "récupérer" et "recycler" toute contestation et alternative dans le processus technique d'augmentation des profits et des "gains" matériels. 

      J'y vois, aussi, une "raison" de ne pas s'inquiéter du statut contesté de l'homéopathie aujourd'hui. Son "officialisation" n'irait pas sans une dénaturation certaine. Alors, être ou ne pas être "reconnue" ? Ce n'est, peut être, pas aussi essentiel que cela ... quoique ...